Comment avoir une motivation constante dans les bonnes actions

Retranscription de la vidéo

 

Bonjour, Assalamou’alaykoum.
Aujourd’hui, question : On connait la description du Paradis, on y croit, on en est convaincu, on le désire, on connaît les récompenses et les mérites des bonnes actions mais pour autant on n’arrive pas nécessairement à se motiver pour ces actions-là. Soit pour passer à l’action soit tout simplement pour avoir la constance. C’est-à-dire qu’on va les faire pendant un moment, puis on va se démotiver on va arrêter, on va culpabiliser, puis on va s’y remettre et on va arrêter encore, se démotiver, culpabiliser … Et ce cycle n’en finit pas, entre pratique et délaissement.

Je pense que tout le monde connaît ça, je pense qu’on passe tous par là. Comment ça s’explique en fait ? C’est quoi ce comportement et surtout comment y remédier ?

Je vais essayer de vous expliquer ça d’une manière assez simple, je vais vous parler d’une des spécialistes dans le domaine de la motivation, une des références, ça fait plus de vingt ans qu’elle fait des recherches dans ce domaine-là, c’est Michelle Segar, une américaine.

Elle fait des recherches principalement sur ce comportement-là, par rapport à la motivation, le fait qu’on n’arrive pas à trouver les ressources malgré le fait qu’on connaisse les enjeux et l’importance.

 

L'étude menée

Elle explique qu’au cours de ses recherches elle suivait un groupe de personnes qui avaient été atteintes d’un cancer, qui se remettaient et à qui on avait certaines recommandations au niveau de leur hygiène de vie pour se remettre plus durablement.

Parmi ces conseils notamment  le fait de faire une activité physique régulière sur le long terme, le reste de leur vie, de changer leur hygiène de vie.
Au bout de plusieurs mois, une longue période, peut-être un an, on a réuni ces personnes, on leur a demandé de faire un feedback sur leur ressenti  à propos de tous les conseils qu’ils avaient reçu, ce que ça leur a apporté.

Ils étaient tous très positifs sur le fait qu’il fallait faire une activité physique régulière, que c’était important. Pour être plus fort face à la maladie, pour maintenir un cœur en bonne santé, un poids correct … bref, ils avaient tout à y gagner. Ils recommandaient même à leurs proches de s’y mettre. Donc ils avaient saisi l’enjeu de la question et ils étaient tous très positifs dessus.

Le problème c’est que quand on leur demandait où est-ce qu’ils en étaient eux, à titre personnel, ils répondaient : « Ça fait plusieurs mois que j’ai délaissé, il faudrait que je m’y remette … Mais c’est compliqué, entre le travail, les enfants, les obligations … j’arrive pas à trouver la motivation, dès que c’est le moment d’aller à la salle de sport j’ai plus les ressources mais c’est vrai il faudrait que je m’y remette. »

A ce moment-là les chercheurs sont plutôt interloqués parce qu’ils se disent « Quand même là on n’a pas n’importe-qui en face de nous, ce sont des gens qui ont frôlé la mort, qui sont passés par une phase de maladie longue, très éprouvante. Ils devraient être les premiers à connaître l’enjeu de la question, l’importance de prendre soin de sa santé, d’en faire une priorité, de se mettre au sport.
Ils devraient être les premiers à être motivés, les plus motivés.

Mais c’était pas du tout le cas, en vérité il y avait si je me rappelle bien … ¾ des personnes qui n’y arrivaient pas et ¼ qui y arrivaient.

 

On est pareil avec les bonnes actions

C’est le même comportement que nous avec les bonnes actions en fait. On sait qu’on a tout à y gagner, on sait ce qu’on a à y perdre, on en est convaincu. On peut même motiver nos proches sur ces questions-là …
Mais pour autant on n’arrive pas à trouver les ressources. On aimerait bien s’y mettre mais on n’y arrive pas.

 

Et comment ça se fait ?

Alors elle explique en fait que notre motivation peut être de bonne ou de mauvaise qualité.

  • Une motivation de mauvaise qualité va nous permettre de passer à l’action sur le moment. De durer un temps plus ou moins long. Mais dès qu’il y aura une contrainte ou une difficulté, on va délaisser cette action. Et il va se passer un moment avant qu’on se remotive. Puis on va s’y remettre encore pendant un moment mais on va arrêter, et ça va s’enchaîner comme ça.

On connaît ça,  je pense un peu tout le monde. Ça c’est parce qu’on a une motivation de mauvaise qualité.

  • Une motivation de bonne qualité au contraire (et c’est ce qu’on devrait rechercher), c’est une motivation qui permet de passer à l’action. Et quand il y a une contrainte ou une difficulté, on a plutôt tendance à s’accrocher à cette action-là. Et si on la délaisse, on n’a qu’une envie, c’est de s’y remettre. Donc les périodes d’inactivité sont généralement plus courtes que dans l’autre cycle.

 

Comment on fait pour avoir une motivation de bonne ou mauvaise qualité ?

En fait c’est uniquement lié au POURQUOI. Pourquoi on passe à l’action, pourquoi on a envie de faire cette action.

Je vais vous reparler de l’exemple du groupe de personnes de tout à l’heure.

  • Les gens qui avaient une motivation de mauvaise qualité, quand on leur demandait pourquoi ils faisaient du sport. Ils répondaient :
    -Il faut que je fasse du sport pour me maintenir en bonne santé
    -Il faut que je fasse du sport pour maintenir un poids correct
    -Il faut que je fasse du sport pour éliminer le sucre
    -Pour maintenir un cœur en bon état
    - …

Que des raisons logiques, valables, excellentes, on va pas les contredire, c’est très bien. Pourtant, ces raisons-là, à elles seules, elles ne suffisent pas à dégager une motivation de bonne qualité.
Parce que ce sont des POURQUOI, des raisons qui sont lointaines, abstraites, vagues

 

  • Les gens qui arrivaient à avoir une bonne motivation, à tenir sur le long terme. Quand on leur demandait pourquoi ils faisaient du sport, ils répondaient un autre type de réponses comme :
    -Ça me permet d’éliminer le stress et de mieux supporter mon quotidien au travail
    -Ça me permet de me sentir plus en vie
    -Ça me permet de retrouver une énergie que je n’ai pas habituellement
    -Si je ne fais pas mon sport je suis fatigué
    -…

Ce genre de réponses est plus du domaine de l’immédiat. Un bénéfice immédiat plutôt lié au ressenti, aux émotions. Et c’est ce type de POURQUOI qui permet de générer une motivation de bonne qualité qui va durer sur le long terme.

Alors posez-vous la question, si vous avez une action qui vous pose problème, vous n’arrivez pas à être constant. Posez-vous la question « pourquoi je le fais, pourquoi je veux faire cette action ? »
Si la réponse est « Il faut … » ou « Je dois… » et bien la motivation qui va en découler ne va pas être de bonne qualité.

Quand on répond par « il faut.. » « je dois… » (bien que ce soit des raisons logiques, valables et excellentes) on va émotionnellement vivre cette action comme une corvée, comme un fardeau.

Je sais que dans Din il y a des actions qu’on vit comme ça. Je reçois beaucoup de témoignages de gens qui disent vouloir faire telle ou telle action mais que c’est lourd pour eux, c’est une corvée.

Quand on vit émotionnellement une action comme une corvée, quand il va arriver une contrainte ou une difficulté, cette action va être reléguée au dernier plan, on va la délaisser. Mais comme on en a saisi l’enjeu, et comme on sait « qu’on doit » et « qu’il faut » et bien on va culpabiliser d’avoir délaissé et de ne pas réussir à trouver les ressources. Donc la motivation va chuter encore plus bas.

Jusqu’au moment où on va se réveiller et on va se dire « Il faut que je fasse … » « Je dois le faire ». Et on va se remettre à l’action mais toujours en la vivant comme une corvée. Et ce cycle n’en finit pas.

Au contraire si on a un pourquoi qui est de l’ordre de l’immédiat, plutôt lié au ressenti. On ne va plus vivre cette action comme une corvée mais comme une opportunité, comme un cadeau, comme quelque-chose dans lequel on est en train de gagner.

Dès qu’il y aura une contrainte ou une difficulté, on va s’accrocher à cette action parce qu’on sait qu’elle est notre alliée. On sait qu’elle nous apporte quelque-chose là, tout de suite, maintenant.

Et si vraiment on arrive à la délaisser, il n’y aura plus ce sentiment de culpabilité qui nous fait couler. Mais plutôt une soif d’y retourner, de se dire « il me manque quelque-chose », « j’ai besoin de cette action-là, j’ai besoin d’y retourner »

 

Comment la chercheuse aide les personnes à passer d’une motivation de mauvaise qualité à une motivation de bonne qualité.

Et bien elle leur dit de se recentrer sur leurs émotions, de trouver un bénéfice de l’ordre de l’immédiat. Les gens y réfléchissent et travaillent dessus. Et ils arrivent à changer la façon dont, émotionnellement, ils perçoivent cette action.

A partir de là ils ne vont plus la vivre comme une corvée mais comme un plaisir, et ça c’est fantastique.

Et il y a une catégorie de personnes (et on est très certainement dans ce cas-là) qui ont du mal à trouver un bénéfice immédiat, lié au ressenti. Ils disent :
« Non je ne trouve aucun profit, je le fais parce que je le dois. Si je veux me maintenir en bonne santé, il faut que je fasse du sport. Mais à part transpirer et me fatiguer je ne ressens rien du tout »

Ce qu’ils ont compris c’est que ce type de personnes sont très peu liées à leurs émotions au moment où ils passent à l’action. Ils ne font pas attention à ce qu’ils ressentent à l’intérieur d’eux-mêmes.

Comment ils ont réussi à les faire changer de qualité de motivation ?

Ils les ont mis au sport et leur ont dit « observez-vous », « observez ce qui se passe à l’intérieur, ressentez », « observez-vous avant et après la séance de sport » … et recherchez un profit au niveau du ressenti, au niveau émotionnel.

Pour certains ça a pris plus ou moins de temps mais ils ont réussi. Ils ont réussi à transformer une action qu’ils vivaient avant comme une corvée, un fardeau en une action qu’ils vivent maintenant comme un plaisir, qu’ils n’ont pas envie de lâcher. Parce qu’il y a un bénéfice personnel et immédiat.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que ce qu’ils expliquent et qui a été vérifié par d’autres situations et expériences a aussi été découvert dans d’autres domaines. L’éducation par exemple, on sait qu’on apprend et qu’on comprend beaucoup plus facilement quand on est engagé émotionnellement dans une activité.

Au niveau du marketing aussi ils l’ont bien compris et l’utilisent très efficacement, c’est que nos choix et nos décisions sont plus basés sur l’émotion que sur la logique. La part émotionnelle est plus importante que la part logique. C’est inconscient, on ne s’en rend pas compte mais on fonctionne comme ça. Et on se motive aussi comme ça.

Donc c’est important de savoir utiliser ça correctement.

Le conseil qui en découle, c’est que si il y a une action pour laquelle vous avez du mal à trouver la constance, à trouver les ressources pour vous y accrocher. Et bien il faut vous demander « Pourquoi je veux faire cette action-là ? »

Si la réponse est « Il faut… » « Parce que je dois… ». Ou si c’est pour une récompense lointaine comme le Paradis, le pardon des péchés, ça reste flou, abstrait. Je ne dis pas que ce sont de mauvaises raisons, bien au contraire, elles sont excellentes. Mais elles ne permettent pas à elles seules de générer une motivation de bonne qualité.

Passez à l’action et recentrez-vous sur vos émotions, sur ce que vous ressentez, qu’est-ce que ça vous apporte. Ça peut prendre un peu de temps mais on va trouver quelque-chose. Et dans les actions de Din il y a ce profit soubhanallah,  recherchez ça.

Il y a une limite

Alors la limite de cette façon de faire, ce qu’explique la chercheuse, c’est qu’on ne peut pas tout changer en même temps de cette manière. On ne peut pas changer le rapport à tous nos comportements, toutes nos actions de cette manière-là. Il faut s’attacher à une action à la fois. Prendre le temps de se lier émotionnellement à cette action pour pouvoir trouver la motivation et les ressources qui nous permettront de durer sur le long terme.

Par exemple il y a des gens qui sont dans la mémorisation du coran. Pourquoi ? Pour les récompenses, pour les mérites qui vont avec, pour les degrés au Paradis. Ce sont de bonnes raisons mais elles sont lointaines, vagues, floues. Ils y trouvent aussi un profit personnel, immédiat.

Il y a des gens qui mémorisent le coran ¼ d’heure, ils commencent leur journée comme ça et ça les stimule cérébralement. Et leur journée après n’est pas la même si ils n’ont pas leur moment de mémorisation. Ils sont beaucoup plus efficaces dans leurs études, leur travail et quand ils ne le font pas ils voient une différence. Ils aiment cet état où ils sont actifs cérébralement. Ça les pousse à s’accrocher à cette action-là et à durer sur la longueur.

On peut donc allier le désir des récompenses et des biens du Paradis (qui sont lointains, abstraits…) à des profits qui sont plus personnels, basés sur le ressenti et immédiats. Et c’est ça qui va nous aider à nous accrocher dans les moments difficiles. Parce qu’on sait que cette action est notre alliée. Elle nous apporte tel avantage tout de suite maintenant.

Il y a plein de choses que je pourrais encore dire sur la motivation, je trouve ça passionnant. Ce sera l’occasion d’autres articles ou vidéos, je vous dis à bientôt, assalamou’alaykoum wa rahmatoullah wa barakatouh.

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